lundi 25 mars 2019

Le mouvement

Extrait de "L'enfant" du Dr Montessori :

"Il est nécessaire d'éclairer l'importance du mouvement dans la construction psychique de l'être. On a commis une grave erreur en considérant le mouvement comme une des diverses fonction du corps..."
 "Le mouvement n'est pas seulement l'expression du MOI, il est le facteur indispensable à la construction de la conscience, parce qu'il est le seul moyen tangible qui établisse des rapports clairs entre le MOI et la réalité extérieure. Par conséquent le mouvement est le facteur essentiel de la construction de l'intelligence qui se nourrit et vit des connaissances prises dans l'ambiance extérieure. Les idées abstraites elles-mêmes naissent du contact avec la réalité, et la réalité se saisit par le mouvement. Les idées les plus abstraites, comme celles de l'espace et du temps, sont conçues par l'esprit au moyen du mouvement. Celui-ci est donc le trait d'union entre l'esprit et le monde; c'est l'instrument spirituel qui réalise doublement l'action : dans la conception intérieure exacte et dans l'exécution extérieure."


Relions ces aspects théoriques avec des aspects plus concrets :


Si pour un bébé il est évident que le fait d'agir lui permet de construire sa conception du monde (par exemple pour l'évaluation de la distance d'un objet par rapport à lui ou encore la découverte de tout ce que ses sens vont lui apporter comme information) pour l'enfant nous avons tendance à l'oublier. En ce qui concerne l'adulte, il peut paraître moins évident que ce rapport entre mouvement et construction de ses capacités reste valable. Toutefois il me semble qu'il ne s'agit là que d'une impression du fait de la grande variété d'expériences déjà accumulées par l'adulte. Si nous prenons l'exemple d'une personne n'ayant jamais utilisé un ordinateur, elle ne pourra comprendre et conceptualiser ce qu'il faut faire qu'au bout d'un certain nombre d'expériences concrètes où elle fera elle-même la manipulation, l'observation n'étant bien souvent pas suffisante.




Dans les conditions optimales de son utilisation, le matériel de Maria Montessori va permettre à l'enfant, par une activité répétée autant de fois que nécessaire, de construire des concepts à partir d'éléments concrets et manipulables. Il va ainsi ancrer dans son esprit, par l'intermédiaire de son corps, ce qui lui était totalement étranger au départ et le comprendre de plus en plus finement à chaque utilisation.








Mais si le matériel est une entrée nécessaire à cet ancrage, le rôle de l'accompagnant est déterminant. Le moment et la façon de présenter le matériel, l'instant où l'adulte doit ou ne doit plus intervenir, la connaissance intime de tout ce que peut apporter cette manipulation à l'enfant sont prépondérants dans l'efficacité de ce qui est proposé.









Ainsi, il m'a fallu d'abord manipuler moi-même plusieurs fois et observer les enfants manipuler pour comprendre peu à peu, qu' avec un matériel précis, ce que je croyais être tel objectif d'apprentissage n'en était en fait que le début et qu'il était possible d'aller beaucoup plus loin dans l'abstraction. 









Seule cette confrontation au matériel m'en a convaincu et l'utilisation qu'en ont fait les enfants l'a conforté et fait évoluer.


Lorsqu'un enfant est capable à 6 ans de vous affirmer que cet objet mesure "moins d'un décimètre" à partir des barres prévues pour aborder les nombres jusqu'à dix et le concept de l'addition à 4 ou 5 ans, on peut admettre que ces manipulations successives enrichissent l'espace conceptuel de l'enfant.






Le lien entre l'enfant et l'éducateur mais aussi avec les autres enfants et adultes présents peut devenir le catalyseur de l'apprentissage et de la construction interne de la conceptualisation. Il est courant de constater à l'école que discourir sur une notion n'est jamais suffisant (voire contre-productif). C'est en cela qu'il est libérateur pour l'enseignant de pouvoir proposer à l'enfant de construire des notions par sa propre expérience.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire